L’Afrique prend l’alimentation à cœur
Par Kindra Jaspreet – IRIN News
JOHANNESBURG, 06 Janvier 2011 (IRIN) - Les prix record des céréales de base en 2008 ont fait des investissements dans l'agriculture, une opportunité attrayante pour les pays exportateurs et importateurs de denrées alimentaires. L'Union africaine (UA), avec ses multiples producteurs et consommateurs, s’est toujours efforcée à réaliser l'autosuffisance alimentaire.
Peu après son élection à la Présidence de l’Union Africaine en 2010, le Président du Malawi Bingu wa Mutharika a dévoilé un plan qui rendrait l’Afrique auto suffisante sur le plan alimentaire dans les cinq ans à venir.
M. Martin Bwalya, Chef du Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) a indiqué que la mise en œuvre de la feuille de route de sept ans de l'Union Africaine destinée à mettre l’accent sur l'agriculture de manière à promouvoir la sécurité alimentaire et la croissance économique et à réduire la pauvreté, a été lancée il ya cinq ans.
A la fin 2010, les plans de développement de l'agriculture de 18 pays africains ont fait l’objet d’une évaluation technique rigoureuse indépendante et étaient en cours d’implantation.
Plus de 60% de la population africaine vivent dans les zones rurales et la plupart dépendent de l'agriculture pour l'alimentation et les revenus. L'agriculture contribue entre 20 et 60% du produit national brut (PNB) au Trésor public.
Dans un document intitulé Le Panier alimentaire africain, le Président Mutharika a donné les détails de son plan, qui demande aux pays d’allouer une part importante de leur budget à l'agriculture, de fournir des subventions agricoles, et de mettre à disposition des technologies de l’information et de la communication accessibles.
Ceci pourrait être réalisable grâce à un nouveau partenariat stratégique entre les pays, les donateurs, les organismes d'aide et le secteur privé.
Le PDDAA, entamé en 2003, couvre tous les aspects essentiels du plan du Président Mutharika, y compris l'engagement de consacrer au moins 10% des budgets nationaux à l'agriculture.
Dans le cadre de ce programme, les pays ont établi des plans d'investissement détaillé qui comprennent les quatre piliers du PDDAA: la gestion durable des terres et de l'eau; l’amélioration de l’accès au marché et de l'intégration; l’accroissement des approvisionnements en denrée alimentaires et la réduction de la faim, la recherche, la production et la diffusion technologiques.
"Nous attendons des pays qu’ils contribuent au moins 10% de leurs dépenses budgétaires annuelles démontrant ainsi l'appropriation locale et la responsabilité...", a déclaré M. Bwalya.
Il a ajouté que bien que le financement de l'aide au développement demeure crucial, il est également important que les pays envisagent des mesures pour attirer le financement direct du secteur privé à l'agriculture.
L'Ouganda, un des 18 Etats à se soumettre au processus d'évaluation, a financé environ 65 % du financement exigé de son propre budget.
L’Agence de développement de l'UA, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), qui assure la gestion du PDDAA, aide les pays à mobiliser des fonds.
La réalisation de l'autosuffisance alimentaire dans cinq ans est-il un objectif réaliste? Ce serait une demande difficile, a déclaré M. Ousmane Badiane, Directeur Afrique de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) basé aux Etats-Unis.
Il a indiqué que l'UA avait 53 membres avec des degrés divers d’investissement, de développement et des besoins dans le domaine de l'agriculture, et certains pays ne disposent pas des moyens structurels pour atteindre l'objectif de l'autosuffisance alimentaire pour de nombreuses raisons, y compris les conflits civils.
Opter pour une approche régionale
Une solution plus réaliste, a déclaré M. Badiane, serait pour les pays ayant le potentiel d'améliorer la production alimentaire afin de produire assez pour nourrir leurs voisins moins productifs. Ceci implique l'expansion du commerce et de l’investissement régionaux dans les transports, y compris les ports, les chemins de fer et les autoroutes reliant les pays.
M. Calestous Juma, professeur de développement international à l'Université Harvard, a fait remarquer dans son ouvrage récemment publié : « The New Harvest-la Nouvelle moisson- » que les Etats membres de l'UA ont commencé à prendre l'intégration économique régionale " au sérieux",
Il énumère les marchés régionaux comme l'une des trois possibilités susceptibles de renforcer la sécurité alimentaire de l'Afrique face à la menace croissante du changement climatique.
Au moins huit communautés économiques régionales (CER), à l’instar du Marché commun des Etats de l'Afrique de l’Est et australe (COMESA) et de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC)" sont reconnues par l'UA comme les pierres angulaires de l'intégration économique panafricaine”. Toutefois, "la coopération régionale dans l'agriculture est à ses débuts et des défis importants restent à relever."
Les régions pourraient assurer leur sécurité alimentaire "en capitalisant sur les différentes saisons de culture dans différents pays et en rendant les produits disponibles dans toutes les régions pour des périodes plus longues ", a-t-il écrit.
Aussi bien M. Mutharika que le PDDAA ont mis l’accent sur le développement des marchés régionaux. M. Mutharika a énuméré 12 corridors commerciaux régionaux identifiés par les différentes CER et a proposé que l'UA élabore un cadre institutionnel pour chaque corridor.
Science et technologie
Dans son ouvrage, M. Juma énumère les progrès de la science et de la technologie comme un autre facteur qui pourrait propulser l'Afrique vers l'autosuffisance alimentaire, et a invité à davantage d'investissements dans la création de pôles régionaux de recherche et d'innovation.
Des recherches sont menées par des groupes créés dans le cadre du NEPAD, tel que le Réseau des Biosciences de l’Afrique de l'Est et de l’Afrique centrale (BecANet), qui a dirigé la recherche sur les cultures vivrières, y compris la banane, le teff, le manioc, le sorgho et la patate douce.
Davantage d'investissements dans les réseaux, en particulier ceux connexes à l'agriculture, pourraient produire des résultats de grande envergure.
Subventions
La sous utilisation des engrais a souvent été citée comme une cause majeure de la faible production de Afrique. M. Mutharika a fait remarquer dans son plan que seuls quatre pays - l'Egypte, le Malawi, Maurice et l'Afrique du Sud - ont dépassé les 50 kg par hectare, objectif fixé par l'UA.
L'utilisation des engrais en Afrique représente moins de 10 % de la moyenne mondiale de 100 kg par hectare, "Seuls cinq pays (Éthiopie, Kenya, Afrique du Sud, Zimbabwe et Nigeria) utilisent environ deux tiers des engrais utilisés en Afrique" a déclaré M. Juma.
M. Mutharika, qui a encouragé la fourniture d'engrais subventionnés au Malawi, soutient cette approche. À l'heure actuelle, 19 pays africains sont en train de mettre en œuvre divers programmes de production d’engrais.
M. Juma a rencontré des dirigeants comme le Président Mutharika, qui a accordé la priorité à la sécurité alimentaire comme troisième facteur qui pourrait mettre l'Afrique sur la voie de la sécurité alimentaire. Le gouvernement du Malawi consacre 16% de son budget national à l'agriculture.
Pourtant, M. Badiane de l’IFPRI a incité à la prudence sur les subventions et a cité le cas du Sénégal. Après l'indépendance, les pays de l’Afrique de l’Ouest ont mis en place un programme de subventions à l'agriculture dans les années 1960 qui a été encore plus exhaustif que celui du Malawi. "Il a eu un effet dramatique sur l'agriculture au Sénégal, mais en 1979 l'une de ses agences [en agriculture] avait connu un déficit s'élevant à 98 % du budget national."
Il a déclaré que des subventions soigneusement gérées, pour une courte durée et visant à renforcer les marchés existants et les infrastructures agricoles sont beaucoup plus efficaces.
Le Gouvernement rwandais a distribué gratuitement des engrais aux agriculteurs pendant quatre ans après 1994. En 1998, il a voulu confier l'importation et la distribution au secteur privé, qui, malheureusement, n'en n’avait pas les moyens, et le gouvernement a continué à acheter et à importer des engrais, mais a laissé la distribution et la vente au secteur privé.
Depuis lors, l'aide en provenance des institutions financières a permis au secteur privé de renforcer sa capacité d'importer, et à l’heure actuelle au moins 20 organismes importent plusieurs centaines de tonnes d'engrais, a dit M. Badiane.
Voie à suivre
Les plans de l'UA pour l'agriculture portent également sur d'autres questions majeures affectant la sécurité alimentaire, telles que l'irrigation (seulement 4% des superficies cultivées en Afrique sont irriguées, contre 39% en Asie du Sud), l'amélioration de la fertilité du sol (plus de 3% du PNB agricole en Afrique sont perdus chaque année comme conséquence directe de la perte des terres et d’éléments nutritifs), les pertes post-moissons (l’Afrique subsaharienne perd environ 40% de sa récolte par an, contre 1% en Europe) et la mise en place de banques de données pour partager des informations sur l'alerte rapide et l'énergie.
Il existe un haut niveau d'engagement entre les pays sur l'agriculture. "Ils se réunissent régulièrement et nous les soutenons pour renforcer l'information basée sur des preuves», a noté M. Bwalya du PDDAA.
Si le cap est maintenu dans la mise en œuvre du PDDAA, a déclaré M. Badiane, dans cinq ans, un grand nombre de pays africains, s’ils n’atteignent pas la sécurité alimentaire, seraient à même de s’auto suffire alimentairement.
Source: www.irinnews.org