Au delà de l’Aide pour l’Efficacité du Développement
Par Dr. Ibrahim Assane Mayaki*
Au cours de la dernière décennie, les débats sur la politique d'aide se sont davantage centrés sur les méthodes d'amélioration de l'efficacité de l'aide. Des cadres internationaux tels que la Déclaration de Paris et le Programme d'Action d'Accra ont mis en exergue l'importance des partenariats dans la gestion de l'aide.
Le prochain engagement mondial envers l'amélioration de l'efficacité et de la pertinence de l'aide au développement sera pris à Busan, en Corée du Sud. A la fin du mois de Novembre, 3000 délégués-des partenaires au développement, des représentants de différents pays, la société civile, des groupes d’universitaires et des représentants du secteur privé-se réuniront lors du quatrième Forum de Haut Niveau sur l'efficacité de l'aide, organisé par l'OCDE.
La conférence de Busan constitue une étape importante pour l'Afrique: pour la première fois, nous aurons une voix forte et coordonnée dans le processus de réforme de l'aide. Consolidé à travers un engagement complet de deux ans avec les intervenants africains, nous voulons transmettre le message suivant lors du Sommet de Busan: le programme ne se limite pas à l'aide.
Il couvre également l'efficacité du développement. L'aide ne constitue qu'une des sources de financement pour le développement en Afrique. Chose encore plus importante, l'aide, placée dans le contexte mondial du développement, doit soutenir la mobilisation des ressources domestiques pour le développement du secteur productif.
Nous nous rendons à Busan avec un objectif commun, présenter notre propre vision et nos priorités en matière de développement efficace et la pertinence de ce dernier pour les réformes d'aide. L'Afrique défendra trois principes: premièrement, nous assumons la pleine responsabilité du développement de notre continent; deuxièmement, le sommet de Busan ne saurait servir de prétexte aux partenaires pour renoncer aux engagements à long terme visant à améliorer l'efficacité de l'aide; et troisièmement, les partenaires pour le développement devront respecter la vision et les priorités de l'Afrique lors de l'évaluation du programme d'aide inachevé. Nous nous assurerons que les résultats du Sommet de Busan soient conformes à ces principes et contribuent au développement durable de l'Afrique.
Le dernier rapport de suivi de l'OCDE indique des progrès encourageants dans le respect des engagements pris à Paris et Accra à l'égard de l'efficacité de l'aide. Nous devons maintenir le cap dans le contexte plus général du développement, mais nous ne pouvons nous arrêter là. Le même rapport révèle que les partenaires au développement n'ont pas honoré leurs engagements. En guise de riposte, certains essaient de renégocier lesdits engagements, en modifiant par la même occasion les règles du jeu. Nous demandons aux partenaires au développement d'honorer leurs promesses non tenues: assurer la prévisibilité des flux d'aide afin que cette dernière soit déliée de toutes conditionnalités et exigences démesurées relatives à l'achat de biens et de services aux partenaires du développement et qu'elle soit redistribuée de manière coordonnée, conformément aux systèmes et processus locaux.
Des taux de croissance élevés ont été enregistrés en Afrique au cours des dernières années, de même qu'une forte mobilisation des ressources internes, en dépit des difficultés et contraintes actuelles. Pour maintenir ces taux de croissance à un niveau élevé, nous devons accorder la priorité aux efforts de développement des capacités ainsi qu'à des politiques publiques inclusives qui garantissent une croissance équitable.
Ainsi, nous voulons que l'aide soit orientée vers le renforcement des capacités pour le développement-condition à remplir pour que l'Afrique ne dépende plus de l'aide extérieure, étant donné que des secteurs publics et privés compétents permettront de stimuler l'économie du continent. Nous voulons une aide qui joue un rôle important pour les citoyens, les parlements et les entrepreneurs. Nous voulons également un système international inclusif, représentatif et responsable avec une participation importante de l'Afrique pour le suivi des progrès relatifs aux accords conclus entre l'Afrique et ses partenaires.
Entre temps, il est essentiel de nous rapprocher de nos pairs du Sud en matière de partage de connaissances et d’expériences afin de soutenir les efforts de développement consentis et fournis par l'Afrique. C'est l'une des approches de partenariat les plus prometteuses. Principalement, l'Union africaine renforce les partenariats continentaux en vue de l'amélioration de l'efficacité du développement à travers les lieux d'échange entre les pays du Sud tels que le Forum sur la coopération Chine-Afrique, le Forum Afrique-Inde et le Sommet Afrique-Amérique du Sud. Le G20, en tant que premier forum pour la coopération économique internationale, offre de nouvelles opportunités aux pays africains d'accroître les échanges entre les pays du Sud.
Les négociations de Busan offrent aux pays africains l’occasion de prendre plus que jamais leur destin en main-nous devons rester déterminés, nous inspirer du fort engagement politique actuel du leadership africain et soutenir la vision dedéveloppement du continent. Nous entrons dans une nouvelle ère qui nécessite une énergie nouvelle. Si le leadership africain œuvre pour cette cause, nous obtiendrons certainement des résultats favorables à notre développement et conformes à nos priorités dans la quête d'une Afrique paisible, dynamique, prospère et tournée vers l'avenir.
*Mr. Ibrahim Assane Mayaki est le Secrétaire Exécutif de l'Agence de Planification et de Coordination du NEPAD (Agence du NEPAD). L'Agence du NEPAD (www.nepad.org)